Présidentielle : « Jean-Luc Mélenchon propose un horizon heureux pour le pays »

Mathilde Panot, députée et vice-présidente du groupe La France Insoumise à l'Assemblée nationale, apporte son soutien à la candidature de Jean-Luc Mélenchon pour construire « l'alternance » au macronisme et la « mobilisation du peuple par la démocratie partout ».

Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature pour l’élection présidentielle de 2022. Le soutenez-vous ?

Jean-Luc Mélenchon a proposé sa candidature qu’il soumet à l’investiture populaire soit à 150 000 signatures citoyennes. Je le soutiens, bien sûr ! Il est le mieux placé pour faire face au chaos que nous traversons. La crise actuelle est sanitaire, économique, sociale, écologique et démocratique. Depuis des années, Jean-Luc Mélenchon a montré la constance de ses convictions pour la souveraineté populaire et la République sociale. Il combattait le libéralisme, même à l’époque où celui-ci était à la mode. Il a été précurseur sur de nombreux sujets en parlant de planification écologique, de l’économie de la mer, de la Constituante ou de transformation de la dette en dette perpétuelle. Ces questions résonnent encore plus en la période. Qui peut penser, aujourd’hui, que nous n’avons pas besoin de planification, après la pénurie de moyens dans nos hôpitaux et le délabrement de notre système de santé ? Jean-Luc parle des dangers du réchauffement climatique depuis la fin des années 1980. Alors que ses effets tangibles se font sentir, je ne peux qu’accorder ma confiance à un homme qui a venir depuis 40 ans les défis d'aujourd'hui.

Pourquoi ferait-il mieux en 2022 mieux qu’en 2012 et 2017 ?

Précisément, Jean-Luc Mélenchon a l’expérience de deux campagnes présidentielles. Il connaît les failles du système et maîtrise mieux que personne cet exercice. En quelques années, Jean-Luc a su créer et organiser un mouvement. Au départ, il ne s’agissait que d’une poignée de militants. Maintenant, nous sommes au Parlement européen, à l’Assemblée nationale, dans les mairies, les conseils régionaux et départementaux et sous forme de groupes d’action sur tout le territoire. Nous sommes prêts à gouverner. Depuis 3 ans, Jean-Luc Mélenchon a fait émerger des têtes autour de lui. Nous avons produit 4 contre-budgets, 80 propositions de loi, des dizaines de rapports, des plans d'action dans de nombreux domaines. En bref, nous avons un candidat, un programme et une équipe de gouvernement. Mettez-nous aux manettes, et nous saurions exactement par où commencer ! Jean-Luc Mélenchon en 2022, c’est l’addition de JLM en 2012 et 2017 ! Un rassemblement comme il a su le faire en 2012, un programme partagé et populaire comme il a su le co-élaborer en 2017, et les succès depuis lors (députés, eurodéputés) sur le front !

Entre la crise sanitaire et des attaques terroristes, est-ce le bon moment pour se porter candidat ?

Ce dont nous avons besoin, c’est de revenir à la raison et d’ouvrir un horizon heureux. Dans cette période, nous avons besoin de nous projeter sur l'avenir. La candidature de Jean-Luc Mélenchon le permet. Sinon, que nous reste-t-il ? Zapper entre Zemmour et les allocutions du Président toutes les 2 semaines ? Déprime garantie ! La Macronie sème la pagaille partout où elle passe et s’engouffre dans un autoritarisme sans précédent. Nous sommes pris en étau entre les extrémismes de toutes sortes : l’extrême-droite raciste ou islamiste, sans oublier l’extrême-libéralisme au pouvoir. Macron est en campagne, Le Pen est en campagne. Les deux représentent des nuances d'une même vision autoritaire de la société. Aucun n’offre un avenir désirable et le peuple français étouffe dans ce climat délétère. Il y a donc urgence. C’est le camp de la liberté, de l’égalité et de la fraternité qui doit triompher face aux ennemis de la République. Nous sommes de ce camp-là.

L’élection présidentielle aura lieu dans 18 mois. Commencez une campagne si tôt n’est-il pas prématuré ?

Au contraire, la politique, c’est du temps long ! Il faut du temps pour construire une majorité d’adhésion. Nous assumons qu’une campagne doit être basée sur un programme et pas sur la cravate d’un tel ou un tel. La présidentielle, c’est une bataille d’idées. Nous ne voulons pas faire la coalition des refus mais convaincre sur des contenus positifs : 6ème république, planification écologique, partage des richesses. Forcément, vu qu’on a un programme – pas les autres – ça nous prend du temps de faire campagne, d’expliquer et de débattre.Surtout, il faut redonner goût à la politique. Il y a toute une partie de la population qui pense que la politique ne sert à rien, ou n’est que l’apanage d’opportunistes ambitieux. Rappelez-vous les élections municipales : certaines villes ont recensé 85% d’abstention. 85% ! C’est une grève civique. Convaincre, ça demande un travail minutieux et du temps, pour aller voir les gens où ils sont et les faire revenir aux urnes. Notre force politique reste toujours le nombre !

Jean-Luc Mélenchon aura 71 ans en 2022, peut-il incarner le changement ? Vous ne prônez plus le « dégagisme » ?

Se retrancher derrière l’âge est une arnaque : regardez Macron ! Un candidat jeune avec des vieilles idées. Il s’est fait passer pour le nouveau monde alors que son logiciel libéral est complètement dépassé. Avec lui, c’est le même refrain qu’on entend depuis des années : la dette, la dette, la dette, le MEDEF, le MEDEF, le MEDEF. Jean-Luc Mélenchon n’a plus rien à prouver. Il n’est pas candidat pour faire carrière. C’est même le seul candidat qui bataille pour son propre retrait ! Dans la 6ème République que nous appelons de nos vœux, c’est le peuple qui reprend son destin en main. Cela implique de mettre en place la Constituante ou encore le référendum révocatoire : si un représentant n’est pas satisfaisant, le peuple lui dit de s’en aller. Il n’y a rien de plus dégagiste que cela. Au rythme actuel, Macron envisage de rester au pouvoir jusqu’à 71 ans… on pourrait peut-être choisir un candidat pour un seul mandat ? Retrouver le sens de l’alternance dans ce pays ?

Ceux qui le critiquent pointent ses colères voire un risque d’autoritarisme, n’est-ce pas une faiblesse ?

Pendant l’épisode des perquisitions, que l’on nous reproche souvent, Jean-Luc Mélenchon dénonçait l’arbitraire de la situation. La suite des événements lui a donné raison : après nous, ce fut au tour des Gilets jaunes, des décrocheurs de portraits, des syndicalistes d’être réprimés. Même Mediapart a fait l’objet d’une tentative perquisition arbitraire ! Ce qu’on ne peut pas lui enlever, c’est d’être encore en colère face à l’injustice. Ce n’est pas une faiblesse. Nous avons besoin de têtes dures pour affronter les forces de l’argent et remettre les choses en ordre dans ce pays. C’est l’heure des caractères. Il faudra du caractère pour entamer les négociations vis-à-vis de Merkel ou rétablir l’ISF ! Quant à son autoritarisme, je vous mets au défi d’essayer d’imposer quoi que ce soit aux 17 parlementaires que nous sommes contre notre volonté. C’est peine perdue !

Jean-Luc Mélenchon veut défendre « l’unité du peuple », mais sa candidature ne risque-t-elle pas de diviser la gauche et de l’empêcher d’accéder au second tour ?

Cet argument ne se vérifie pas dans l’histoire. Ce qu’on appelle la gauche a gagné avec plusieurs candidats en lice en 1981, et perdu avec un candidat unique en 1965 et en 1974. En 2017, quand Jean-Luc Mélenchon réunissait 20% des voix au premier tour, qui alors divisait la gauche ? L’union ne se décrète pas. Elle doit reposer sur un programme, sans quoi rien n’est possible. Cela fait deux ans et demi que nous avons lancé l’idée d’une fédération populaire. Nous disons aux autres : voici l’Avenir en commun, fort de 7 millions de voix, allons-y, discutons de nos désaccords. Jean-Luc Mélenchon l’a dit, il se sent la vocation d’un candidat commun. En 2012 et en 2017, il était le candidat de plusieurs organisations politiques. D’ailleurs, les insoumis viennent de partout : syndicalistes, écologistes, associatifs, Gilets jaunes ! L’unité de la gauche, c’est l’unité d’une partie des Français. Nous voyons plus large : l’unité de toutes les personnes d’accord sur le fondement du programme, quelle que soit leur cartographie politique !

En 2017, l’une des forces de Jean-Luc Mélenchon était son programme. Mais depuis 3 ans et demi à l’Assemblée, vous êtes surtout dans l’opposition, non ?

Bien sûr que nous sommes dans l’opposition : nous appelons à une rupture ! Une fois au pouvoir, nous nous opposerons aussi : aux 200 familles qui contrôlent l’économie du pays, aux 10 milliardaires qui tiennent la presse et aux 20 multinationales qui polluent notre environnement. Ce n’est que le cahier de brouillon ! Mais nous sommes aussi les premiers proposants. L’exercice parlementaire nous a permis de montrer, à chaque fois, qu’une alternative est possible. Sur le code du travail, la réforme des retraites, le glyphosate ou les néonicotinoïdes, la macronie nous a toujours trouvée sur son chemin, et heureusement, sans quoi elle aurait un boulevard pour tout saccager. Nous avons obtenu des reculs notables, sur la révision constitutionnelle, abandonnée par le gouvernement, ou sur la réforme des retraites, actuellement suspendue. Nous sommes à seulement 17 membres, le groupe parlementaire le plus actif de l’Assemblée. Nous avons déposé des centaines de milliers d’amendements et des centaines de propositions de loi. Nous venons de présenter comme chaque année un contre budget. Rien que depuis le début de la crise sanitaire, nous avons déposé 11 propositions de loi, écrit 5 plans, 4 guides et mené une commission d’enquête avec une centaine d’auditionnés sur les mensonges et fiasco de la crise du covid. 

Vous pensez que vous feriez vraiment mieux qu’Emmanuel Macron ?

Contrairement à Emmanuel Macron, nous sommes des fervents partisans de la puissance publique. Elle doit être dotée de moyens : pour les hôpitaux, pour nos services publics, pour nos services de renseignement. Faire mieux avec moins, ça n’existe pas. Nous avons besoin d’une planification sanitaire pour faire face efficacement à l’épidémie. Nous n’en serions pas là si tout cela avait été anticipé : en sept mois entre le premier et le second confinement, le gouvernement n’a rien fait. La crise économique s’est alors aggravée, et plutôt qu’aider les petits commerces, le gouvernement fait la part belle à Amazon et arrose les multinationales d’argent public. Ce modèle ne marche pas. Oui nous savons comment faire pour sortir de l’impasse, pas seulement par nous-mêmes mais parce que notre programme et notre action se co-construisent avec les associatifs, les salariés, les chercheurs, les syndicalistes, etc. La mobilisation du peuple de France par la démocratie partout voici ce qui ouvre l’horizon heureux à venir !

Propos recueillis par Matthias Tavel
pour L'Insoumission hebdo et linsoumission.fr

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