Les mêmes recettes empoisonnées

En mars 2020, ils ont parlé du « monde d’après », la pandémie devait avoir des conséquences, nous amener à nous réinterroger sur certaines trajectoires prises. Naïvement peut-être, plein d’espoir en tout cas, beaucoup se sont dit « enfin, ils ont compris ! ».

Compris que l’hôpital public en France était dans un état de délabrement indigne, que les soignants et l’ensemble du personnel étaient à bout de souffle. Compris aussi qu’on ne pouvait pas prévoir les crises et les anticiper en gérant les stocks stratégiques (ici de masques et d’équipements de protection) a minima. Compris que la course aux prix les moins chers et les délocalisations massives d’entreprise en Chine notamment nous privaient de notre souveraineté sur la santé et donc la vie. Compris que le modèle économique libéral de destruction de l’écosystème était insoutenable.

Pas du tout. Le monde d’après qu’ils préparent sera le monde d’avant en plus brutal. Naomi Klein l’a bien montré dans La stratégie du choc : les néo-libéraux se saisissent des crises, qu’elles soient politiques, économiques, climatiques ou ici sanitaires, pour accélérer la destruction des modèles sociaux et affaiblir tout ce qui existe de public et de commun.

C’est précisément ce que Macron et sa clique préparent. Ils ont présenté à Bruxelles leur feuille de route jusqu’en 2027, leur programme présidentiel pour le prochain mandat. Il prévoit un retour en dessous de 3 % de déficit en 2027. En dépit des beaux discours, la même orthodoxie néolibérale qui asphyxie l’Europe depuis 20 ans.

Car pour atteindre cet objectif de moins de 3 % de déficit (alors qu’il était de 9,2 % en 2020), Bercy prévoit une augmentation des dépenses publiques de seulement 0,7 % par an d’ici 2027 (contre 2% par an dans les années 2000 et 1% par an sous l’austérité d’Hollande et de Macron). En suivant leur logique des 3 %, on aurait pu augmenter les impôts sur les grandes sociétés et sur les plus riches, notamment ceux dont les fortunes ont explosé pendant la crise, comme le préconise l’ONU. Mais non, comme d’habitude depuis 20 ans, on réduit les dépenses avec les mêmes méthodes : réforme des retraites, démantèlement de la Sécurité Sociale, diminution des droits des chômeurs, privatisations, étranglement des collectivités territoriales. 

Ils sont dangereux. Les besoins d’investissement et de dépenses publiques sont énormes, cette norme du 3% de déficit tue. C’est le moment au contraire d’investir dans les énergies renouvelables, dans les infrastructures pour développer le ferroviaire, pour sécuriser les ouvrages routiers, pour remplacer les canalisations défaillantes. C’est le moment de soutenir la consommation populaire en prolongeant les droits au chômage, en augmentant le SMIC. C’est le moment d’investir dans la santé, en recrutant des soignants et du personnel, en finançant massivement la recherche publique. C’est le moment de construire des entreprises nationales pour notre souveraineté en tout domaine et pour créer des emplois. Nous sommes pour et nous sommes prêts !

Claire Mazin

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