A Bagnolet, les moutons ou le béton ?

A Bagnolet, en Seine-Saint-Denis, existe une perle. Un site exceptionnel qui s’est enraciné sur un espace public entre des immeubles et une école maternelle. Ce lieu, au cœur de la cité populaire des Malassis, c’est la ferme-école Pêche d’Or, ou « Bergerie des Malassis ». En 10 ans, la présence de chèvres, brebis et boucs a permis aux enfants d’être quotidiennement à proximité de la nature, laquelle s’est développée avec des haies, de grands arbres, des oiseaux qui y ont trouvé leur habitat permanent ou saisonnier, et une terre qui s’est garnie d’insectes. Toutes les espèces, y compris l’espèce humaine en ses multiples visages et générations, y cohabitent pour le plus grand bonheur de tous. La Bergerie a été aménagée par les volontaires. Elle n’est jamais fermée à clef. Un bijou qui appartient à tous, au cœur d’un quartier où la densification et la résidentialisation menées par l’ANRU empêchent l’accès aux pelouses des pieds d’immeubles.

Le Maire PS et ses alliés, dont certains se disent « écolos », avaient promis de sauvegarder ce lieu. Ils considèrent désormais qu’il faut « déménager » la Bergerie, comme si on déplaçait un écosystème complexe aussi facilement qu’un banc ou une chaise. En réalité, le Maire veut détruire la Bergerie pour d’obscures raisons politiciennes. Peut-être est-ce en relation avec l’accueil chaleureux dont a bénéficié Jean-Luc Mélenchon aux Malassis lors de la campagne municipale ? Comme d’autres notables, le Maire a une vision quasi mafieuse de la politique : qui n’est pas totalement avec lui devient un ennemi à abattre, même s’il s’agit de forces vives de la ville. Il prétexte de la nécessité –réelle – de construire une école élémentaire, pour sommer (par huissier !) le berger et les bêtes de quitter les lieux.

Une forte manifestation ne l’a pas fait bouger, ni une tribune dans Le Monde publiée par la directrice de l’école maternelle voisine et des médecins, chercheurs, et défenseurs de l’environnement, pas plus qu’une pétition signée par plus de 1700 personnes*. Tous soutiennent un projet d’école en matériaux doux, moins chère, et qui préserverait le lien enfants-bergerie, plutôt que le mastodonte bétonné commandé par la Mairie. Laisser mourir la Bergerie des Malassis c’est renoncer à une certaine vision de l’espace public qui dépasse la simple notion de propriété privée, c’est avaliser la contradiction entre les discours écologistes et les pratiques locales de bétonnage, c’est accepter la culture de l’impunité et du mensonge en politique qui caractérise la monarchie présidentielle. La Bergerie est au peuple ! Le Maire, Tony di Martino, doit renoncer à la détruire.

Raquel Garrido

Image tirée du film SideWays #9 - La bergerie des Malassis rumine la ville !

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